Le budget de l’agence canadienne de cyberespionnage a quasiment doublé en trois ans
Près de 80 ans après sa création, le Centre de la sécurité des télécommunications (CST), l’organe fédéral chargé d’assurer la cybersécurité du Canada et de mener des cyberopérations pour contrer les menaces étrangères, a le vent dans les voiles. Cette agence chapeautée par le ministère de la Défense nationale a vu son budget presque doubler en trois ans, passant de 859 millions de dollars en 2022 à un peu plus de 1,6 milliard d’ici la fin 2025. En 2021, le budget du CST était de 794 millions. Cette augmentation s'explique en grande partie par les investissements annoncés ces derniers mois par le gouvernement fédéral en matière de défense, dont un plan pour renforcer la sécurité à la frontière des États-Unis et une politique pour la protection de la souveraineté canadienne dans l'Arctique. Plus récemment, le premier ministre Mark Carney s’est engagé à plus que doubler les dépenses militaires du Canada d’ici 2035 de façon à ce qu’elles représentent 5 % du PIB, faisant ainsi passer le budget de la défense de 62,7 milliards à 150 milliards de dollars. Le CST a aussi vu ses effectifs augmenter de près de 25 % en cinq ans, passant de 2900 employés en 2020 à plus de 3800 en 2025. Son personnel est également de plus en plus diversifié : la représentation des Autochtones et des personnes handicapées au sein de l’effectif du CST est supérieure à la disponibilité au sein de la population active. Cependant, les femmes et les personnes issues de minorités culturelles demeurent sous-représentées. Un kiosque de l'emploi du Centre de la sécurité des télécommunications au Centre Shaw à Ottawa. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada Les communautés autochtones sont parmi les plus sollicitées, selon le rapport de 60 pages. Le CST a d’ailleurs recruté cette année Le CST s’est aussi engagé cette année à Caroline Xavier souligne par ailleurs l’importance pour son agence de sensibiliser les Premières Nations à l'existence de cybermenaces dans les communautés éloignées. Les communautés autochtones dans le Nord Le premier ministre du Canada, Mark Carney, lors d'un point de presse à Iqaluit au côté de la cheffe d'état-major Jennie Carignan, le 18 mars 2025. Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick La souveraineté dans l’Arctique, qui représente une priorité pour le gouvernement actuel, a par ailleurs occupé une part importante de la mission du CST, à en croire son rapport 2024-2025. Selon le gouvernement canadien, la Chine et la Russie figurent parmi les principaux pays qui cherchent à exercer une plus grande influence sur la gouvernance de l’Arctique. La coopération militaire entre ces deux pays dans le Grand Nord de la Russie représente d’ailleurs une source d’inquiétude pour le Canada et ses alliés, y compris les États-Unis. Il y a un an, des avions militaires russes et chinois ont été détectés, suivis et interceptés par le Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD) alors qu’ils volaient dans la zone d’identification de la défense aérienne de l’Alaska. Une photo d'une opération de l'OTAN en Alaska. Le NORAD et l'OTAN ont effectué diverses manœuvres d'entraînement dans l'Arctique alors que la crise ukrainienne se poursuit. Photo : Twitter/OTAN C’est dans ce contexte que le CST Parmi les autres priorités qui ont occupé le CST cette année, on trouve la lutte contre le trafic de fentanyl à la frontière avec les États-Unis. Le président américain Donald Trump avait justifié sa décision d’imposer des droits de douane sur les produits canadiens au début de l’année en accusant son voisin du Nord de ne pas en faire assez contre le narcotrafic. Dans son plan frontalier annoncé en décembre 2024, le gouvernement libéral a annoncé un investissement de 180 millions de dollars sur six ans pour élargir les capacités de collecte de renseignement et de cyberopérations étrangères du CST, permettant à l’agence Le CST s’apprête par ailleurs à voir ses pouvoirs s'élargir encore davantage si le projet de loi C-8, la Loi concernant la cybersécurité, est adopté. Cette loi obligerait les industries réglementées par le gouvernement fédéral à signaler les incidents de cybersécurité au CST et permettrait au gouvernement d’exiger des entreprises de télécommunications qu’elles retirent de leurs réseaux certains équipements fabriqués en Chine, par exemple, avec des pénalités de plusieurs millions de dollars si elles ne le faisaient pas. L'édifice Edward Drake du Centre de la sécurité des télécommunications (CST) est situé à Ottawa. Photo : Radio-Canada / Olivier Plante Des groupes de la société civile ont déjà mis en garde contre les risques liés à la protection des données personnelles et de la vie privée des Canadiens. Le CST a d'ailleurs récemment fait l’objet de critiques après avoir partagé de manière Dans son dernier rapport annuel, le CST dit avoir dénombré La protection de la vie privée des Canadiens C’est énorme dans l’histoire de cette agence
, se réjouit la cheffe du CST, Caroline Xavier, dans une entrevue accordée à Radio-Canada. On ne va pas se plaindre.
Effectif accru et plus diversifié
Nous sommes en période de croissance
, explique Mme Xavier, qui estime que le nombre de personnes employées par son agence passera à plus de 4000 d’ici mars 2026.
La diversité et l’inclusion sont à la base de toute étape des processus au CST, du recrutement à l’élaboration de politiques
, peut-on lire dans le dernier rapport annuel de l’agence, publié vendredi. Toutes les formes de diversité nous aident à résoudre des problèmes complexes afin de protéger le Canada.
sa première navigatrice de carrière autochtone
, chargée d’aider les employés et les candidats à cheminer au sein de l’agence.accorder plus de 5 % des contrats d’approvisionnement à des entreprises autochtones [...] pour faire progresser la réconciliation économique et les partenariats autochtones
, indique encore le document.La souveraineté dans l'Arctique, une priorité
On veut s’assurer d’améliorer la cyberrésilience des Canadiens, mais on sait que les communautés autochtones, surtout dans l’Arctique, sont un peu plus vulnérables
, dit la cheffe du CST.sont plus loin de nous physiquement, mais les cybermenaces ne connaissent aucune frontière et on veut s’assurer qu’elles sont informées
, ajoute Mme Xavier, affirmant que certaines publications qui contiennent des conseils du CST ont été traduites en plusieurs langues autochtones, notamment en ojibwé, en cri, en inuktitut et en micmac.
Cette année, le CST a communiqué 196 rapports de renseignement sur la sécurité dans l’Arctique à 20 ministères du gouvernement canadien ainsi qu’aux alliés internationaux du Canada, indique ce document. Les rapports comprenaient des informations sur les intentions politiques des États étrangers, leurs capacités militaires, leurs progrès technologiques, leurs intérêts économiques et les activités de recherche qui ont lieu dans la région.
Les menaces de la Chine et de la Russie

apporte notamment un soutien à la Marine royale canadienne et à l’Aviation royale canadienne tandis qu’elles patrouillent dans le Grand Nord [...], fournit des avertissements concernant les aéronefs russes dans le cadre du NORAD et surveille les menaces navales dans un espace de plus en plus encombré
, indique encore le rapport annuel de l’agence de cyberespionnage.Plus de ressources pour la lutte contre le fentanyl
Nous avons toujours eu la capacité de faire de la collecte de renseignements sur les narcotiques, dont le fentanyl, mais avec l’injection d’argent et de ressources, cela nous permet [de] travailler plus étroitement avec nos [partenaires canadiens] et aux États-Unis
, explique Caroline Xavier à Radio-Canada.de cibler plus efficacement le crime organisé transnational et le trafic de fentanyl
en perturbant notamment ses chaînes d’approvisionnement.Nous continuons d’apprendre

inappropriée
avec des partenaires internationaux des informations sur des Canadiens qu’il avait obtenues fortuitement
. Le CST affirme toutefois avoir obtenu l’assurance de ses partenaires que ces données ont été supprimées.119 incidents de conformité opérationnelle concernant l’information de Canadiennes et de Canadiens
, sans plus de détails.Nous continuons d’apprendre
, assure à Radio-Canada la responsable de l’agence de cyberespionnage. C’est sûr qu’on n’est pas une agence parfaite, mais quand on fait une erreur, on l’admet immédiatement
, ajoute-t-elle.est quelque chose que nous prenons très au sérieux
, dit encore Caroline Xavier tout en assurant que son agence continue de mettre à jour ses politiques et ses procédures pour éviter de tels incidents à l'avenir.
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